samedi, mai 21, 2005

Train train

Hier, enfin, j'ai pris le train pour rentrer chez moi après 4 jours de folie dans la famille. Le train est le meilleur moyen d'observer des gens que l'on n'aurait pas le temps ou l'occasion d'observer dans la vie normale et bien sûr, on voit des choses. D'autant que, grâce à papa, je voyage en première et sur la ligne Nice Bordeaux, tout ca pour dire que je côtoie un public qui ne m'est pas familier (très, très rares sont les gouines rouges en première classe).
Et hier, j'ai regretté de ne pouvoir retranscrire sur le vif la conversation des deux types de derrière dont un commencait à m'énerver sérieusement en me donnant des coups dans le siège par l'intermédiaire de sa tablette. Ils étaient en train de parler maths, mais maths de mathématiciens: khi, tau au carré et compagnie... En fait, je me rends compte très vite qu'ils ne parlent pas, mais que l'un subit (le plus jeune) et l'autre vomit en tapant à intervalles réguliers sur sa tablette. Et c'est intéressant parce qu'il se passe un peu ce que décrit Stella Baruk dans ses bouquins (fort intéressants) sur l'apprentissage des mathématiques : la question du partage et de la diffusion du savoir sachant que le savoir c'est du... pouvoir bien sûr et que les mathématiques sont enseignées dans ce rapport de domination puisque comprendre les maths manifeste une supériorité intellectuelle incontestable.
Et ça se manifeste dans la manière d'expliquer les choses que l'on sait et que l'autre ne sait pas. En gros c'était très explicite : il allait vite et me semblait très confus (bon, c'est sur, j'ai pas le niveau pour comprendre mais...), il ne laissait aucune place à son interlocuteur et déballait ses formules en continuant de taper dans sa tablette (plus pour longtemps) tandis que l'autre semblait pétrifié, à la limite de l'overdose ou du mal au coeur.
Une fois l'explication donnée, on parle conférences et invitations "Ils sont sympas parce qu'ils m'ont invité comme conférencier à Toronto... invité deux fois, pour un européen..." l'autre essaie d'en placer une mais sans succès, et il le laisse finalement poursuivre son déballage...
Théorie (la mienne) vérifiée!
Et j'en resterais bien là mais comment ne pas écouter cette fois le père et ses 2 enfants, juste devant, qui se livrent à une bruyante séance de calcul mental. Le jeune mâle est interrogé, félicité et récompensé par l'ordinateur portable et le jeu : le simulateur de vol, tandis que la petite fait des calins sur les genoux de papa.
Et là, je réalise qu'il est vraiment temps que je rentre chez moi, que j'oublie maman qui cuisine, papa qui bricole et mon frère qui, à 23 ans, n'est pas foutu d'étendre le linge et se fait réveiller, en douceur, par maman avec un café tiède.